Gif Atelier


L'atelier d'écriture de Gardanne se déroule au siège de l'AAI, 35 Rue Borely, 13120 Gardanne
chaque vendredi de 14h à 16h.
Pour contacter l'AAI utiliser l'adresse e-mail : aai.esj@wanadoo.fr ) ou téléphoner au 0442515299

L'atelier d'écriture de la Méjanes d'Aix se déroule chaque jeudi de 10h à 12h à la Mareschale, 27 avenue de Tübingen 13090 Aix-en-Provence (TEL : 04.42.59.19.71 - e-mail Ecrits.Alaai@gmail.com ) et aussi le premier lundi du mois (même heure, même lieu).

L'animation ci -dessous représente l'aspect avant tout ludique de cet atelier gratuit ouvert à tous. Du rire et de la légèreté...

vendredi 19 octobre 2012

Proêmes sur l’objeu de Ponge


Vénus, déesse de l'amour, naissant dans une coquille St Jacques - Sandro Botticelli


La coquille St Jacques


Sa première lettre nous la dessine.
On ne voit qu’elle pourtant elle protège religieusement un met cher à nos assiettes. Souvent on la rencontre chez les croyants et pas seulement aux fêtes de fin d’année.
Elle est belle, gardée pour recueillir dans son fond dépossédé de son être toutes sortes d’offrandes, bijoux, pièces…
Elle est aussi déshonorée quand elle devient cendrier. Elle reçoit parfois à nouveau un parent de celle qui a grandi en elle, à qui elle a permis de devenir charnue, onctueuse, goûteuse.
Sa forme nous invite à l’emplir, son arrondi est accueillant et son couvercle protecteur.
On hésite à la jeter, la sacrifier, la voir dans la poubelle arrête l’œil comme une coquille dans un texte.
(Brigitte)


Le bigorneau commun


Il se découvre à marée basse, ce gastéropode fait le bonheur du badaud qui lorgne au fond du seau son butin, les bottes aux pieds, le bigorne s’avère intéressant par temps pluvieux.
Sans fruit son absence sur un plateau ferait défaut pour ne pas noircir la coquille.
Sans définir l’origine, les gens du pays l’appelle vigneau, pilo ou poulot, bigorne, Bigourounen mélen pour tous ceux du Nord de la Bretagne.
En famille le poulot agrippera avec attention les plus jeunes.
C’est après un court passage au court bouillon qu’il se dégustera même par le pêcheur en herbe piqué dans sa chair.        
(Didier L.)

L’oursin


Il en existe plusieurs centaines mais dans nos régions se détachent plutôt 3 variétés : le violet, le vert, le granuleux. Se sont des échinides divisés en deux groupes : les réguliers et les irréguliers.
L’oursin ou châtaigne de mer vit en général à faible profondeur. On mange les gonades lorsqu’on arrive à retirer les piquants avec les ciseaux spécialement conçus par les habitants de la région toulonnaise et surtout de l’Arsenal.
On coupe sur le coté bouche en s’écartant vers l’extérieur en faisant attention qu’il n’y a pas de piquants tombés à l’intérieur et on mange la partie jaune orangée sur des morceaux de pain à l’ancienne grillés au feu de bois avec un filet d’huile d’olive et un filet de citron.
C’est délicieux.
L’oursin est hermaphrodite néanmoins il devient une denrée rare depuis une quinzaine d’années.

Pourtant
C’est un ours, on doit s’en méfier
C’est un saint, on doit le respecter
C’est un sein, on en a envi
Et on mange son sexe, on s’en régale
Mais on arrive à supprimer ses piquants pour se délecter de son nectar.
(Christian Duvoy)

La moule


La moule, coquillage ou sexe de la femme, baveuse dans les deux sens, cachée dans sa coquille pour la première et dans son string pour la seconde et comestibles toutes les deux pour une période limitée.
Molles à l’intérieur comme du mou de chattes, la boucle du L fait aussi penser à la forme de la coquille et le bas fait penser à la partie d’où sort la barbe pour qu’elle s’accroche aux rochers.
Toujours en groupe sur les rochers, comme des lesbiennes à la gay pride, leurs coquilles font penser à une madeleine pour l’une et à un abricot pour l’autre.
La quantité de moules est toujours placée entre mole (ou môle) et multitude.
Blanchâtre à la période de la reproduction, elle ne donne pas envie d’y mettre la langue.
(Florent C.)
[*sur Firefox le L *n'apparaît pas avec sa boucle. Utiliser I.E. ou Google chrome ou safari pour la voir.]


Le violet de roche


    Le violet est habillé d’une tunique aux couleurs dissimulatrices porteuse d’un microcosme parasitaire utile. Cet être marin, exclus des mollusques, peut se contracter pour se rendre quasi-invisible dans un décolleté rocheux en forme de V. Il n’a pas la brillance d’un bijou, pourtant  si proche du biju sétois mais plutôt celle d’une patate marine.
Le sel de sa vie passe d’un siphon buccal aux huit bandes violettes sur fond blanc à un autre siphon jumeau, éjecteur de déchets, tirant tout autant vers le rouge et aussi beau. Et tout cela pour nourrir ses deux gonades jaunes orangées d’une puissance sexuelle remarquable et très goûtée des méditerranéens. La gonade, aussi grosse soit-elle ne se mastique pas. Elle s’avale.

   Idole, remède de mer : l’iode… de cette patate ou figue de mer attire ou repousse par son odeur mais soigne toujours la tyroïde. Qualité qui en ces temps nucléaires cause le dépeuplement de ces tuniciers violés.
(Rolland Pauzin)



Des montagnes sur la mer


   Il persiste des dunes, plateaux, pics, escarpements, et buttes, battis sur la surface aqueuse de la terre, qui n’ont pas étés aplatis par le clapotis et le roulement des vagues. Les enfants les appellent « chapeaux chinois » ; les savants, des patelles. En anglais, c’est entre autre, des barnacles , les mêmes bernacles qui s’attachent aux coques des navires. En français de Bretagne, c’est la bernique.

   Ils peuvent être définis scientifiquement comme des amassements variés, souvent anciens, de petits animaux marins pourvus de coquillages, carapaces (crustacés ou mollusques), ou des os de petits poissons, morts pour la patrie, pour la faune du littoral, qui s’attachent les uns aux autres d’une ténacité plus farouche que celle d’une mouche à merde. Ils forment des îlots stables sur la face du flot.

   Certains anthropologues postulent que les patelles sont des déchets de repas humains qui datent d’un temps ou les nomades ont découvert les fruits de la pèche et se sont sédentarisés. Les patelles témoignent donc d’une ère ou les hommes ont cessé leurs pérégrinations (leurs allés et venues) et se sont installés sur la rive maritime, avant de s’emparer des terres intérieures et de s’atteler à l’élevage ou au pâturage.

   Les patelles, ces animaux-objets entassés à la frontière des eaux, sont les remparts du no man’s land du flux. Ils sont les catacombes souvent surélevées (de presque cinq mètres au-dessus de la mer), qui symbolisent peut-être les peuples déchus,  des bipèdes qui ont perdu le désir d’aller de l’avant. 
(Michel René Alix) 

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Rappel de la consigne : écrire un « objeu » en utilisant le style de Francis Ponge, voir l’huître.
Choisir une des options suivantes :
La moule – l’oursin  – l’étoile de mer – la coquille Saint-Jacques    le bigorneau –
l’arapède ou patelle/bernique/ chapeau chinois – le couteau de mer/solen vaginal – 
le violet/bichu/Figue de mer (Microcosmus sabatieri) –  le poil – le croissant – l’algue   

Points à développer :
  1. Description dans un style encyclopédique. Tout doit sembler objectif (mais n’oublions pas le titre du recueil : Parti pris…)
  2. Jouer sur les lettres, mots, sons, mots gigognes, formes des lettres, mots précédents et suivants dans un dictionnaire, oxymores, palindromes, synonymes, homophones, anagramme … pour développer des arguments soi-disant objectifs
  3. utiliser d’autres angles pour définir cet objeu : l’étymologie, comment prendre l’objet, le cuisiner, l’ouvrir, le couper, le manger, les symboles qui s’attachent à lui, le rapport aux chiffres, l’utilisation dans l’Histoire etc.
  4. utiliser de l’humour subtil, utiliser un style décalé lorsque c’est possible

L'huître

      L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
      A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
      Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

Francis Ponge - Le parti pris des choses (1942)